L’ornithologie c’est une maladie ?

L’ornithologie c’est une maladie ?

P1040910EQUATEUR, zone orientale, novembre 2013.

En cette fin de journée le compteur affiche 80 kilomètres, l’heure parfaite pour chercher un bivouac. Je bifurque donc sur une route de terre baptisée “las caucheras”,  d’abord attiré par une myriade de pancartes donnant le détail de toutes les lodges situées plus haut sur le sentier. L’idée est de trouver un endroit pour camper et au pire des cas demander l’hospitalité à l’une d’elle. En cours de route je rencontre José, déboulant au volant d’un 4*4 pickup. Il est le gérant du centre ornithologique Yanayacu et après de rapides présentations il m’invite à poursuivre ma route jusqu’au centre où je pourrais dormir, il y a une grande cuisine et un chien pas méchant.

L’endroit est magique, un complexe tout en bois d’une dizaine de chambres avec vue sur la forêt primaire, des oiseaux mouches se disputent les abreuvoirs, les caciques montagnards font un bruit d’enfer et lorsque la nuit arrive la scène est animée par un balet de lucioles, papillons de nuit et coléoptères aux formes excentriques.

birdwatchingroomL’histoire de la station reste un peu flou, cependant il semblerait qu’un biologartiste américain dénommé Harold Greeney soit à l’origine du projet. Tombé amoureux de l’Equateur il aurait acheté un morceau de terrain et construit une cabane destinée aux recherches ornithologiques et à toutes formes d’art. Aujourd’hui le centre compte une dizaine de chambres, une bibliothèque, des douches chaudes et une cuisine gigantesque. Trois employés y travaillent à plein temps, José dédié à la gestion du centre, Wilmer et Lucho dont le travail se centralise sur un laboratoire d’étude des chenilles. En cette période de fin d’année, l’activité tourne au ralenti, les chercheurs et étudiants principalement Américains colonisent le centre pendant les mois de juillet/Aout, le reste du temps la vie est animée par quelques bénévoles artistes, biologistes équatoriens venus avec un projet d’étude.

Mon cas est un peu spécial compte tenu du fait que je n’ai aucun projet et surtout aucune compétence artistique ni biologique, cependant ce paradis tombé du ciel correspond en partie à mon rêve d’Amazonie et je n’ai pas l’intention de laisser passer cette chance. José semble d’accord pour me garder encore un moment avec l’idée de l’aider sur quelques sujets.

La première mission est plutôt amusante l’idée est d’installer une camera à l’aplomb d’un nid de Green Jay, un oiseau aux couleurs exotiques qui niche juste derrière le centre. On passe deux jours pour préparer le matériel, fabriquer le support de la camera, et finalement l’installation. Nous devrons nous y reprendre à 2 fois avant d’avoir une camera parfaitement orientée. Malheureusement  la mère ne reviendra jamais mettre une patte dans son nid.  Nous verrons l’oisillon et deux autres œufs (sans doute d’un oiseau parasite) passer la nuit sans protection et dans la matinée du lendemain l’oisillon et les œufs disparaitront sans doute emportés par un toucan. D’après José qui n’est pas à son premier essai, il semble que notre erreur est été de devoir ré intervenir sur la camera. La mère déjà apeurée par notre premier passage aurait délaissée totalement le nid à notre second passage.

Dans l’affaire je n’ai pas perdu l’histoire du toucan et José m’explique qu’a cette altitude d’environ 2200 mts vit le toucan a bec noir,  il se distingue par sa gorge blanche, sa poitrine tirant vers l’azur clair, ses ailes et son bec d’un noir brillant. Il se nourrit principalement de fruits mais peut diversifier son régime quand l’opportunité se présente. D’après José ils viennent chanter en fin d’après midi derrière la station. Cette information deviendra le fil rouge de mon séjour à Yanayacu. J’irai à de multiples reprises à l’heure donnée sur le sentier espérant voir un spécimen, malheureusement mes sorties furent sans succès, sans doute trop impatient et ignorant de toutes les techniques d’observation. Je découvrirai mes erreurs au fur et à mesure des observations et finalement quelques jours avant mon départ j’aurai l’occasion de le prendre en photo.

Il me revient à l’esprit une excursion initiée avec José et deux biologistes canadiennes pour observer le coq de roche, l’oiseau national du Pérou, un passereau au plumage rouge intense, une crête exubérante recouvrant la totalité du front et du bec. Cette oiseau considéré difficile à observer possède malgré tout certaines habitudes qui facilite son observation. La première chose importante est que José connait une zone d’observation où les mâles se réunissent à une heure donnée pendant la période de reproduction.  Coup de bol nous sommes à la bonne période et après 30 minutes de marche dans la forêt nous arrivons sur la zone d’observation. La première étape consiste à préparer notre camouflage, de grandes feuilles de palmiers sont coupées puis plantées en cercle autour de nous. A l’heure dite, nous lançons les premiers appels à l’aide d’une version enregistrée du chant (ou playback) avec l’idée d’attirer l’attention des prétendants. Nous sommes plongés dans le silence, à l’écoute de chaque bruit, a l’affût de chaque mouvement, seul les moustiques, acharnés comme jamais nous rendent l’attente désagréable, jusqu’à finalement entendre un premier écho résonner derrière nous.

Coq de roche intrigué

L’utilisation du playback les amènes toujours plus près, il y a maintenant 6 mâles autour de nous, notre camouflage est loin d’être parfait pourtant rien ne semble vouloir arrêter leurs appels, la cacophonie est totale, sans doute trop excités pour accepter la supercherie, nous sommes maintenant encerclés et l’utilisation du playback attise toujours plus leur attention. Nous quittons le sentier sous les cris acharnés des mâles qui frustrés par l’absence de femelles commencent a se sauter dessus.

Finalement cette expérience m’a appris quatre choses fondamentales dans l’observation d’oiseaux  :

Tout d’abord que chaque oiseau possède des caractéristiques vocales et par conséquent qu’il est possible de les identifier à partir de leur chant. La connaissance des chants me semble le meilleur moyen d’observer les espèces intéressantes, d’abord parce qu’ils vous permet d’attirer votre attention sur une zone et ensuite de localiser l’oiseau dans l’épaisseur de la végétation. Des fois c’est simplement Régis qui pisse derrière un arbre mais on apprendra vite a reconnaitre sa signature vocale Sourire

Le chant est un moyen d’identifier et de localiser les oiseaux qui vous entoure.

 

Cette expédition m’a également démontrée l’importance de l’utilisation du playback (enregistrement du chant) du moins pour l’observation de certaines espèces, il permet d’attirer l’attention d’une espèce et de faciliter son observation. Il faut savoir que le chant peut être un moyen de délimiter un territoire, un artifice développé durant la parade nuptiale ou pour d’autres raisons. A chaque moment peut se justifier une empreinte acoustique différente. Jouer le chant nuptiale en période de reproduction est un bon moyen d’augmenter ces chances d’observation, cependant attention, le reste du temps  il pourra effrayer une mère couveuse et provoquer l’abandon du nid.  Un jour on m’a fait la morale alors que j’utilisais le playback à tout bout de chant courant la foret comme un fanfaron :/ C’est la que j’ai compris la subtilité.

L’utilisation du playback facilite l’observation pendant la période favorable

 

Globalement les oiseaux gardent une distance de sécurité et savent se mêler à l’épaisseur des branchages. La simple présence d’une silhouette, d’une couleur ou d’un mouvement anormal pourra les effrayer. Ceci s’applique également a toute forme de bruit. Alors à vous de sortir l’attirail du chasseur avec l’appareil photo en guise de fusil. Plantez vous quelque part, de la terre sur le visage jouez avec la boue c’est bon pour la peau et construisez une cabane de feuilles pour ensuite se glisser dans la peau de Schwarzi  dans sa chasse au Predator. AHAH ! Vous avez l’air malin Sourire

Le mimétisme et le silence augmenteront vos chances d’observation

Parce qu’au début pour moi aussi tous les oiseaux ressemblaient aux poulets, il est parfois intelligent de se balader avec un bouquin répertoriant les espèces locales. Généralement ils sont bien conçus et on arrive rapidement a identifier les espèces observées. Ca devient vite un jeu voire une drogue, comme pour les Pokémons on cherche rapidement à tous les observer. J’ai entendu des histoires d’ornithologues capables de faire le tour du globe pour simplement observer un spécimen rare.

Un guide ornithologique de votre région vous donnera les informations nécessaires pour orienter vos observations


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