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Month: February 2013

Une journée à la ferme

Une journée à la ferme

Mercredi 23 janvier 2013 – A 100 kms de la frontière de l’Uruguay dans le pays gaucho

Aujourd’hui je roule vers la frontière pour rejoindre l’Uruguay, une page se tourne sur 4 mois d’aventure au Brésil. Je crois que le mot “saudade” va m’accompagner un moment. Le souvenir de mon arrivée au Brésil me revient, il fallait traverser le fleuve Oyapoque pour rejoindre la ville du même nom, la ville la plus septentrionale du Brésil située dans la forêt amazonienne. Aujourd’hui je fais route vers Santana do Livramento dans l’extrême sud du pays. C’est au Brésil que pour la première fois de ma vie, j’ai découvert l’hémisphère sud. J’ai vu un ciel remplie de nouvelles constellations, j’ai posé mes pieds de chaque côté de la ligne d’équateur, je suis arrivé à Rio de janeiro par la mer comme l’ont fait Darwin et le prince Jean du Portugal alors menacé par Napoléon. J’y ai côtoyé un peuple généreux, souriant, un peuple qui accueille avec le cœur et vous donne le sentiment d’être quelqu’un d’important. Un pays où je poserais bien mes bagages, enfin peut être un peu plus tard, l’Amérique du sud est vaste et ca tombe bien parce que j’ai envie de m’évader encore un moment.

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La route est chiante ! Aujourd’hui encore des prairies à perte de vue. La pampa est parfaite pour mettre mes nerfs à l’épreuve. Route colinéaire et dangereuse, paysage monotone à en mourir. Il est presque midi lorsque je découvre que mes réserves d’eau sont au plus bas et aucun point de ravitaillement croisé depuis hier soir et le soleil tape dur, dur et dur.

KM 40 – Un plaquette en bois indique une lancheteria (resto rapide) à 1km. C’est le genre d’endroit qu’il faut pas louper. Un peu à l’écart de la route à l’endroit prévu je découvre une caravane transformée en baraque à frite. Je m’y arrête et viens me mettre un l’ombre du carbet. Quelques secondes plus tard je vois débarqué Delci et son mari, leur maison est juste derrière. Ils étaient dans la grange au moment où ils m’ont vu débarquer. Je commence par commander un xis (sandwich chaud) et un coca, la discussion vient ensuite. On commence par parler vélo et j’apprend sans étonnement que plusieurs cyclistes ce sont déjà arrêtés ici, notamment un brésilien parti pour battre un record du monde, 100000kms en 4 ans de voyage, bel exploit mais selon moi sans intérêt .

DSC03610On sympathise et rapidement je suis invité à rester jusqu’au lendemain, l’occasion de vivre une nouvelle aventure à la ferme. Le passage de frontière ca sera pour demain. J’assiste donc à l’ablation des cornes des veaux, à la traite des dix vaches du cheptel, mélange de hollandaises et de gers.

DSC03618J’apprend que leur terrain est un don fait par le gouvernement à l’époque de Lula. Anciennement les terres du sud Brésil étaient détenues par une petite minorité de riches propriétaires, lorsque Lula est passé président il a commencé par demander à l’état de racheter ces terres et de les distribuer au peuple. Il y a donc pas mal de familles gauchos qui vivent dans le coin mais elles sont souvent invisibles parce que situées loin dans la pampa, à l’écart de la route principale. J’apprend aussi des trucs plus de terrain comme par exemple que le lait des vaches gers et plus gras que le lait des hollandaises. Ici ils mélangent les deux types de lait parce qu’en définitive les quelques litres produits sont récupérés par une entreprise laitière qui récupère le lait des producteurs locaux avant de l’exporter vers le Venezuela.

DSC03622Le lendemain matin j’ai le droit au vrai petit déjeuner gaucho, au menu des produits locaux qui me mettent plus ou moins en appétit. En l’occurrence, je découvre sur la table un plat de morcillas, une sorte de boudin noir préparé à partir de plusieurs parties du cochon, les oreilles, les reins, le foie. Une expérience forte en gout pour le matin. De l’autre côté de la table trône une énorme bassine bleue, elle est remplie d’une sorte de pâtée fait de viande et gras de cochons, une viande totalement desséchée et croquante, qui s’effrite en petits morceaux. Ca se mange directement avec les mains mais la aussi je n’adhère pas du tout. Heureusement il y a aussi un super gâteau au chocolat au milieu de la table, il est très classique et très rassurant.

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