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Month: January 2013

En mode croisière pour Rio de Janeiro

En mode croisière pour Rio de Janeiro

Lundi 25 décembre 2012 – Salvador de Bahia

DSC03215Je suis réveillé par le beau frère de Carol, mon hôte couchsurfing. Le réveil annonce 4h30. Je profite de mes derniers instants de confort avant d’embarquer sur le voilier, une dernière douche chaude et une ultime portion du succulent gâteau de Noël,  30 minutes plus tard nous sommes dans la voiture en direction de la marina située dans le centre de Salvador de Bahia. Les rues sont désertes, seul quelques personnes animent les rues, souvent assises sur un coin de mur ou trainées par leurs toutous, l’instant est rare dans cette ville qui d’habitude transpire de monde et de bruit.

Je trinqueballe uniquement la sacoche de guidon, le reste de l’équipement est déjà à bord le vélo compris, callé dans la soute, stocké en pièces détachées. Tout est calme, pas un pet de vent et une mer d’huile. Je monte sur le pont est tente de réveiller Karim. Il dort encore, l’occasion de profiter moi aussi de quelques minutes de sommeil sur le pont.

7h30 On largue les amarres, le vent est trop timide pour sortir les voiles. Progression au moteur, générateur démarré histoire de produire l’électricité nécessaire pour le désalinisateur.

DSC03235Karim me raconte ses expatriations en Algérie, en Iran et au Nigeria sur pour la mise en place de site de raffinage. Missions risquées dont les anecdotes font froid dans le dos. Une vie mouvementée qui finalement lui ont permis de financer son projet de charter plongée qu’il prévoit de lancer au nord de Madagascar. Aujourd’hui nous sommes sur le bateau qui utilisera la bas.  Un beau détour me direz-vous, mais beaucoup plus sûr qu’un passage par le canal de Suez et la traversée du golfe d’Aden connus pour leurs pirates.

11h le vent se lève finalement, un petit 10 noeuds suffisant pour sortir les voiles, on met le cap sur Morro de São Paulo situé a à peine 30 milles de là. Un village de historique transformé depuis quelques années en lieu de villégiature pour brésiliens et étrangers. Là pas de voiture, juste des brouettes taxi pour les plus feignants. Mouillage pour la nuit avant de reprendre la route demain matin.

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Mardi 26 Décembre 2012, Morro de São Paulo

DSC03237Réveil un peu avant 6h, L’aventure commence par un petit déjeuner et puis on lève l’ancre. Aujourd’hui encore le vent brille par son absence. Les prévisions GRIB (fichiers météos américain) nous laissaient rêver d’un autre scénario. Temps nuageux qui se lève finalement. Départ au moteur. Pilote automatique en marche on a pas grand chose à faire alors on lance la ligne. Ca mort pas mal, mais après quelques secondes de combat les proies se libèrent. Hameçons souvent tordus et leurre marqué par les traces de dents, preuve qu’il y a du gros.

La mer est un peu formée, les poivrons et oignons du déjeuner font des vagues dans l’estomac. Le meilleur remède sera la sieste. Le vent se lève en milieu d’après midi pour atteindre les 20 noeuds, la mer reste peu formée, des conditions parfaites pour filer à 8/9 noeuds de moyenne. Vrai soulagement de ne plus entendre le bruit du moteur. Karim sort les guitares pour un petit duo. Coté bouffe on est pas punis, pates au pistou.

On prend un ris pour la nuit, Karim accepte de prendre le premier quart, moi je vais dormir encore un peu.

Mercredi 27 Décembre 2012

Réveil à 1 heure du matin, je prend le relai pour 4h de veille. Le vent est tombé, je dois lofer pour éviter à la grand voile de claquer dans la houle. Quelques Navires croisent vers le sud, ils sont beaucoup plus rapides que nous entre 17 et 20 noeuds sans doute des cargos en direction de Rio de Janeiro. L’AIS couplé à l’ordinateur de bord nous offre une vision des bateaux alentours, leur vitesse, leur direction, leur identification. Cela soulage grandement le travail de veille.  Je vérifie les instruments de bord toutes les 30 minutes avec un contrôle visuel car souvent les bateaux de pêche n’émettent pas de signal d’identification peut être pour garder au secret leur lieu de pêche. Une fois rassuré  je retourne m’assoupir sur le pont.

DSC03273C’est une nuit de pleine lune, l’océan est rempli de lumière. Une atmosphère étouffée qui ne laisse passer qu’une lumière épurée, douce, quasi surnaturelle, une lumière parfaite pour une apparition lovecraftienne mais aujourd’hui je n’aurai pas d’hallucination. Bientôt la lune prend sa retraite à l’instant même où le soleil commence à révéler le ciel. C’est le moment de passer le relais à Karim. 6h45 j’entend la ligne de pêche partir en roue libre, dix minutes plus tard Karim m’appelle depuis le pont, il vient de remonter la bestiole, un beau thon d’environ 70cm. Les menus du jour sont discutés pendant la découpe. On s’accorde sur un carpaccio de thon à midi et une daube pour le diner.

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Notre route se poursuit vers notre prochaine étape, l’archipel des Abrolhos situé à 30 milles des côtes brésiliennes. La matinée se raconte au moteur et finalement le vent finit par se lever en début d’après midi, on peut enfin mettre la toile, poussé par une brise de 15 noeuds. L’approche de l’archipel se fait vers 2h du matin. L’instant est critique, nous sommes au dessus du plus grand récif corallien de l’océan Atlantique Sud étendue sur une superficie de 913 km². Sentiment étrange lorsque le profondimétre passe de plus de 1000 mètres à moins 20 mètres de fond.

Emmitouflé dans nos parkas, l’arrivé se fait dans un décor breton, phare bicolore dont la lumière se perd dans la brume, une belle averse complète le tableau. L’air est chargé d’odeur de terre et l’appelle des fous masqués et phaétons résonne dans la nuit. Le mouillage coincé entre 3 iles est relativement calme et une fois l’ancre assurée, on retourne finir notre nuit.

Jeudi 28 Décembre 2012

DSC03283Réveil sans urgence vers 8h30. Au programme du jour, plongée, lecture, repos. L’accès aux iles est interdit ce sont des territoires militaires. Pour le reste nous sommes dans un parc national marin, réserve naturelle qui regorge de mille richesses, le gardien de la réserve nous explique que les baleines à bosses migrent ici entre mars et novembre pour s’accoupler et allaiter leurs petits à l’abris des prédateurs. Les plongées à quelques dizaines de mètres du bateau sont passionnantes, j’ai fait aujourd’hui ma plus belle plongée. Une faune et une flore qui rivalisent de couleurs et de formes. 95 espèces de poissons sont référencés sur le site. J’y croise mérous, poissons perroquets, chirurgiens, poissons anges et tortues marines. J’en prend plein les yeux. Tout se passe dans l’harmonie, certains se rassemble pour brouter, d’autres reste sur leur morceau de corail, les alvins en nuages serrés se balade entre les coraux

Vendredi 29 Décembre 2012

DSC03225Dernière plongée avant de lever l’ancre. Le vent est timide mais on sort quand même les voiles. Une fois à l’écart de la réserve on remet la canne à l’eau, motivé par un nouveau festin. On sort le tangon pour se mettre vent arrière voiles en ciseaux. Le pilote galère pas mal pour garder le cap, la houle le déstabilise et l’équilibre du bateau est moyen. le bateau a tendance à partir vers bâbord. L’occasion de reprendre la barre un moment mais quelques minutes plus tard la ligne s’échappe dans un bruit strident, il y a un truc énorme qui vient de mordre à l’hameçon. Karim remonte en trombe et commence la lutte.  La canne se tord sous l’effort, il faut attendre un instant de relâche pour remonter la ligne de quelques centimètres. Après dix minutes, je prend le relais et suis bluffé par la force de notre proie. Je distingue bientôt de grosses gerbes d’eau à 50 mètres du bateau. Il est énorme mais on ne sait toujours pas à quoi s’attendre. Finalement lorsqu’on croit avoir gagné la partie, notre ami se libère et ne laisse qu’un leurre abimé au bout de la ligne.

Samedi 30 décembre 2012

 

DSC03313Il reste 170 milles pour rejoindre Rio de Janeiro, Karim décide de planifier une halte demain soir pour fêter le nouvel an avec des gens. Les fruits commencent à pourrir franchement après quelques jours dans la cabine. Je décide de faire une grosse salade de fruits pour en éliminer un maximum. De son côté Karim prépare le tajine de poulet au citron, vieux souvenir d’une jeunesse passée à Casablanca. Dehors le vent et la houle sont de la partie, 6 noeuds de moyenne mais le génois ne trouve toujours pas le vent même tangonné. Le claquement incessant finit par fatiguer. Aujourd’hui encore la pêche n’a rien donné et les deux lignes ont cassées sans raison.

Encore un diner sur le pouce, un thé et quelques biscuits et je me prépare a prendre le premier quart. On change de bord avant la nuit mais à cet instant le pilote nous renvois une erreur 103, moteur vérin défectueux, Karim descend dans la cabine, donne un coup de clé sur le problème et le voilà reparti, une nuit qui aurait pu se finir à la barre. Oufff !!!

Pour le coup le quart est mouvementé on passe dans une zone d’extraction pétrolifère Petrobras, l’ordinateur de bord révèle des dizaines de cargos alentours mais encore invisible à l’oeil. Les navires viennent de toute part jusqu’à 20 nœuds de moyenne. Plusieurs lumières persistent à l’horizon d’un côté une lueur envahi le ciel, une flamme de 80 mètres de haut produit par la combustion des gazes extraits du sous sol, tout proche un derrick éclairé par des centaines de lumière offre une vision d’Atlantide perdue au milieu de l’océan.

Je regarde des films pour resté éveillé, l’analyse des instruments de bord est faite toutes les 15 minutes. On retrouve bientôt le plateau continental passage de plus de 1000 métres à 30 métres de fond. La houle se lève mais les conditions sont bonnes. J’imagine la hauteur des vagues en temps de tempête et les histoires tragiques des navires aujourd’hui épaves.

31 Décembre 2012

Réveil à 5h15, je découvre qu’on a changé de bord. Karim lui s’est endormi dans la descente. Je prend le relais pour ces premières heures, la sortie sur le pont est rafraichissante, nous sommes maintenant dans les 20°5’S, l’air semble plus frais aujourd’hui. J’accompagne ces premiers instants d’une tasse de thé et de quelques biscuits. Passage rapide d’un groupe de dauphins.

DSC03347Le ciel est bien chargé, l’humidité de l’air nous gratifie d’une fraicheur agréable. Le vent forcie alors que nous approchons de la pointe de Buzios, c’est ici que nous passerons le nouvel an, là même où Brigitte Bardot avait l’habitude de poser ses valises dans les années 60. Aujourd’hui l’endroit à bien changé, lieu de villégiature des cariocas on y compte pas moins de 200 pousadas (hotels) et autant de magasins de vêtements. Les rues sont pleines de monde, la majorité vêtue de blanc en hommage à une divinité et une bouteille de “vinho espumante” (mousseux) à la main. On déambule, puis passage par la crêperies chez michou une sorte de restaurant club bar branché à ciel ouvert avec écrans géants. Un mec au micro se charge de faire le show et appelle les clients lorsque leur commande est prête. On terminera la soirée dans une churrascaria, simple mais avec des brochettes succulentes. A minuit tout le monde se retrouve sur la plage pour assister au traditionnel feu d’artifice. Le ciel s’illumine de toute part, des dizaines de feux sont tirés un peu partout dans la baie. Les gens se photographient, trinquent pour cette nouvelle année avant de rejoindre le centre pour passer la nuit dans un bar ou dans un club branché, une soirée de saint sylvestre finalement assez classique.

La premiere caipirinha de l’année avant de rejoindre le bateau

1 Janvier 2013, Buzios, etat de Rio de Janeiro

DSC03343Bourrasques sur notre lieu de mouillage, suffisement puissante pour retourner l’annexe est noyer le moteur. Première occupation du jour, démonter le moteur horsbord et le dessaler au plus vite. Dans la précipitation et dans un équilibre instable, une vis et un joint finissent dans la flotte. Karim habitué de ce genre de gaffe s’en mort les doigts. On est bon pour ramer !

 

2 Janvier 2013, Buzios, etat de Rio de Janeiro

On reprend la mer en milieu de matinée, encore une fois le vent n’est pas bien fort, nous sommes sur une allure de près, en route pour tirer nos premiers bords, mais c’est pas brutal. Reprise de mes occupations favorites, sieste et lecture. C’est plutôt cool la voile. Le passage du Cabo Frio se fait en fin d’après midi. Virage plein Ouest pour rejoindre la baie de Guanabara. Malheureusement le vent tourne est s’affaiblit avec l’arrivée de la nuit. Le bateau roule beaucoup avec la houle de travers. Je commence mon quart avec le film JCVD suivi de Coco et puis je vomis avant de passer le relais à Karim. Entre temps je tente un virement de bord catastrophe en milieu de nuit pour tenter de stabiliser le bateau. Une initiative pour une fois intelligente mais une mise en œuvre bien chaotique.

3 Janvier 2013

DSC033597h00, la vue depuis le hublot de la cabine laisse deviner un temps exécrable, lorsque je me tourne vers l’écran de contrôle, je découvre que nous sommes quasiment dans l’embouchure de la baie de Guanabara, lieu mythique où le prince D. Joao VI termina sa fugue du Portugal, Darwin s’y arrêta aussi lors de son expédition sur le Beagle. Pour le moment, j’ai encore l’odeur de vomis dans les narines, sensation fort désagréable qui n’invite pas à la contemplation. Dehors le ciel bleue semble bien loin, les nuages sont bas, il bruine, tout est gris. Nous passons le célèbre pain de sucre à moitié bouffé par les nuages avant de s’orienter dans la partie est de la baie qui fait face à Rio. Compte tenu des conditions, nous restons sur le bateau pour se reposer, demain sera sans doute meilleur pour visiter.

 

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