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Month: December 2012

En route pour Salvador

En route pour Salvador

Depuis mon retour sur la côte, j’ai le sentiment de rouler dans un rêve, une sorte de paradis pour cyclotouristes où l’effort devient anecdotique, porté par une brise généreuse  du nord-est et des paysages digne du jeu OutRun, jeu de caisse qui consiste à rouler en Ferrari avec une belle blonde sur des routes en bord de plage avec les cocotiers.  C’est quasiment le même plaisir sans la copine, sans la voiture en mode un peu plus fatiguant mais pour le coup c’est plus un jeu. 🙂

Depuis Recife je dessine donc mon itinéraire sur les routes littorales du nord-est brésilien, paysages de cocotiers et lagons turquoises, piscines naturelles sculptées par les récifs coralliens. Les plages des états d’Alagoas et de Sergipe sont paradisiaques et les nuits en bivouac sont magiques. Il arrive que je manque de discrétion au moment d’installer le hamac mais c’est souvent bénéfique. Un soir je vois débarqué le gardien de la résidence qui jouxte la plage avec des fruits exotiques et une assiette de poissons fris.

DSC02916L’été approche et  les manguiers, anacardiers, cocotiers, bananiers, papayers se couvrent de fruits. Il suffit de se pencher ou de demander pour se réapprovisionner. On le sait peut être pas mais le Brésil étonne par la qualité et la diversité de sa gastronomie, si je met de côté les salgados, pastels, coxinhas ,acarajés, qui sont des beignets fris,  je crois manger équilibré. Haricots, riz, spaghettis, légumes, fruits exotiques et cela à chaque repas. La meilleure formule est le restaurant au kilo, on en trouve partout au brésil et pour environ 8 reais (3€) on se remplie une assiette sur un buffet riche de tous les plats traditionnels. Ici l’habitude est de mélanger un peu de tout dans une même assiette et de saupoudrer largement de farofa (farine de manioc).  😀

DSC02762On trouve également une variété de jus de fruits capable de faire tourner la tête des demoiselles les plus difficiles : Jus de mangue, de goyave, de mangaba, de maracuja, de caju, de graviola, de tamarin, d’açai pour ne citer que les plus connus. Jus préparés à partir de la pulpe des fruits, un vrai délice pour moins de 3 reais(1€) le verre !

La viande n’est pas laissée de côté, il y a d’autres restaurants spécialisés dans la préparation de grillades que l’on appelle churrascaria. Une viande de bœuf ultra tendre du sud du Brésil plus exactement de l’état de Rio Grande Do Sul. Les gauchos font vraiment du bon boulot. J’espère avoir le temps de visiter ces élevages où les bergers mènent leur troupeau depuis le dos de leur cheval.

Finalement Quand l’appétit va tout va  et avec le sport quotidien je n’ai aucun scrupule à m’empiffrer.

Viva o Brasil !

Etat de Rio Grande do Norte

Etat de Rio Grande do Norte

Jeudi 8 Novembre – Bord de route BR 304 – départ 5h30 – 72 km

DSC02674Nuit passée en bord de route, le hamac perché contre le barbelé. Cette partie du Brésil est désertique, pleine de vide mais toujours quadrillée, pas un petit trou pour y faufiler le vélo. Hier soir j’ai bien roulé plusieurs kilomètres  dans ce désert sans trouver une place pour m’installer. D’où vient ce besoin de s’approprier chaque parcelle de terre, il n’y a pourtant rien a volé, aucune bête à protéger.

Aujourd’hui je retrouve la route BR304, l’axe principal entre Fortaleza et Natal. A 7h00 le soleil crève déjà le ciel et l’air sec et brulant commence à entamer mon moral. Je n’ai aucun plaisir à rouler dans ces conditions, le bas côté est puant et défoncé et lorsque je tente quelques excursions sur la chaussée la vitesse des camions et leur manque de civisme me rappel à l’ordre. La densité du trafic évolue avec les heures mais lorsque commence le temps des camions c’est un vrai calvaire de bruit et de danger. Je m’épuise très vite et envisage une bifurcation prochaine pour le sud.

Vendredi 9 Novembre 2012, Nuit dans un bois a coté de la BR304, départ 4h50, 52 km

DSC02688Nouvelle nuit à la belle étoile. Vent d’est fort mais qui se rafraichit à mesure que je m’approche de l’océan. Passé 11h il n’y a plus une tête dehors, la chaleur est écrasante. Aujourd’hui je prend beaucoup de temps pour parler. Deux heures passées à discuter devant la maison de José, avec pour première intention de remplir mes bouteilles d’eau. Plus tard je passe un moment à une station service pour discuter avec Daniel le batteur de Bernard Lavilliers puis avec les employées de la lancheteria. Le contact est facile au Brésil, on peut rester des heures à discuter avec des inconnus. Les pauses sont régulières pour faire le plein d’eau, manger mais surtout discuter. Les conversations restent basiques, plusieurs raisons à cela, je manque de vocabulaire et la compréhension est rendue difficile par un accent qui évolue dans chaque état.

En milieu d’après midi, je suis une nouvelle fois convié à rester pour le diner et pour dormir. Je m’étais arrêté devant cette épicerie pour faire quelques provisions mais le patron en a décidé autrement. Un siège m’est tendu et 5 minutes plus tard je fais parti du groupe.

Petite frayeur en fin d’après midi lorsqu’un gas éméché vient briser une bouteille de bière à côté de nous et un peu trop curieux du nouvel arrivant. Quelques minutes plus tard débarque un policier équipé comme un militaire, gilet pare-balles et fusil automatique. Il dresse un sourire rassurant et lorsqu’il apprend que je suis étranger il s’empresse de ponctuer dans un anglais parfait “Brazil is really dangerous country, take care !”. Voilà de quoi passer une bonne nuit.

Samedi 10 novembre 2012, Lajes, départ 6h30

DSC02693Le réveil sonne à 5 heures la nuit c’est passée sans grabuge. Severino ne manque pas à l’hospitalité brésilienne. Il prépare le café, me propose de rester encore une journée pour me reposer mais je veux en finir avec cette route nationale, encore 30 kms d’enfer, un long linceul piqué d’épitaphes, de cadavres de vache, de chien errants et autres. Une épreuve olfactive, nuance d’odeurs de charognes décuplée par la chaleur. Mon combat contre le vent me confronte à chaque étape de décomposition, du corps en putréfaction, au squelette ocre recouvert d’une peau tanné par le soleil. Les vautours ne sont jamais bien loin et lorsque leurs ombres me survolent, j’ai le souvenir de n’être que chair et os, un être tout aussi vulnérable que ceux que je croise.

J’arrive finalement à Caiçara, la nationale traverse la ville en son milieu. Chaque bord de route est animé par les marchands ambulants, les lancheterias, les borracharias, restaurantes et estaçao de gasolina. Vers midi la chaleur calme l’agitation, seul une fiat Uno chargée de lourds haut parleurs continue à annoncer le prochain bal de Forro.

DSC02695Je patiente dans un restaurant pendant les heures les plus chaudes et vers 15h je prend la direction de la piste qui cette fois m’emmène vers le sud. Je vois avec plaisir la nationale s’éloigner en direction de Natal. Cette fin de journée et un vrai bonheur, aucune voiture ni camion et un vent qui ne s’oppose plus à ma progression. Le décors n’a pas vraiment changé, la végétation est comme grillée, tous les lits de rivière sont asséchés, seul les cactus fournissent quelques taches de vert. Les bœufs croisés ont la peau sur les os et restent immobiles à l’ombre des arbres. Toutes les terres sont cloisonnées derrière des barbelés. je demande donc l’hospitalité à un fermier qui me reçoit avec un grand sourire heureux de voir une nouvelle tête. Je resterai ici ce dimanche avec Yvonette, Mauricius, et leur fils Marco. Une journée de découverte dans une petite fazenda brésilienne.

Dimanche 11 novembre 2012, journée de pause dans la ferme de Mauricius,

DSC02706Au programme du jour, découpage puis broyage de cactus pour l’alimentation du boeuf, chargement de l’âne avec des bidons d’eau pour remplir les abreuvoirs de chaque bête. Un travail qui commence à 6h pour éviter les chaleurs de l’après midi. On passe le reste de la journée à discuter sur la terrasse. J’en profite pour réparer les chambres à air et réparer le réchaud qui à tendance à s’encrasser.