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Month: November 2012

Reprise difficile

Reprise difficile

Dimanche – départ 8h10 de Fortaleza, état de Ceara – 67 kms

Aujourd’hui est un jour spécial , je reprend le vélo avec l’envie de découvrir un autre Brésil et en profiter pour rouler en direction de l’Argentine. Six mois se sont passés depuis mes derniers tours de roues à Dakar. Une longue transition nécessaire pour expérimenter de nouvelles perspectives de voyage.

Ce matin je me réveille avant la sonnerie programmée pour 5h, je n’ai pas envie de quitter mes nouveaux amis, leur quotidien, leur gastronomie, leur énergie. Ils m’ont réservé un accueil incroyable qui après trois semaines me laisse le sentiment d’être devenu membre de la famille. A cet instant, la raison me pousse à rester, cependant je suis encore dans l’inertie du voyage, j’ai besoin de retrouver une vie d’incertitude, d’être surpris, bousculé, de vivre intensément.

Tout le monde est là pour le petit déjeuner, Lucianna récite le bénédicité et invite le seigneur à accompagner mon périple. Je reste silencieux et lorsqu’ils me demandent pourquoi je pars, j’ai moi même du mal à le savoir. Finalement le moment du départ est donné vers 8h00 je me hisse sur ma rossinante, un peu perdu après six mois d’abstinence.

Lundi – départ 5h10 de Béberibe, état de Ceara – 82 kms

Je quitte le hamac vers 5h00 réveillé par les premiers rayons du soleil. La nuit a été moyennement bonne. Mon voisin a parlé dans ses rêves et les cleps du coin ont gueulé plusieurs fois pendant la nuit. Malgré cela j’ai bien récupéré et rien ne peut perturber ma bonne humeur dans ces premières heures du matin.

Je me suis arrêté ici la veille, sur la terrasse de ce petit bar de bord de route, complètement épuisé et déshydraté. Deux litres de soda guarana plus tard, j’avais plein d’amis et peu de temps après j’étais convié a prendre une douche, a partager une panelada et à installer mon hamac sur la terrasse.

A 10h, je lutte contre le vent et la chaleur. La bouteille de deux litres est remplie toutes les deux heures, la crème solaire est appliquée toutes les heures. Je suis rouge, sale et crémeux, la peau prend progressivement une teinte grise.

A midi les efforts sont récompensés, je suis à Aracati, 82 kilomètres parcourus. Pas mal pour une matinée ! A cet instant, je ne ressemble à rien, vidé mais satisfait du devoir accompli. je m’installe à une terrasse pour patienter pendant les heures les plus chaudes il fait bien 40°C et personne ne se risque au soleil.

Autour de moi les employés s’agitent , les tables sont rangées, le sol astiqué. Bientôt ne reste que ma table, la tête dans mon bouquin je fais l’autruche de peur de devoir patienter ailleurs mais finalement je ne dérange pas, on viendra ranger la table plus tard. La conversation se poursuit avec le responsable du resto qui possède une pousada (petit hôtel) justement là où j’envisage de dormir ce soir. L’hospitalité brésilienne fait le reste. Le vélo chargé sur le 4*4, j’embarque à mon tour dans l’habitacle climatisée. Il est 5h30 et la nuit est déjà tombée. Je dois redoublé d’effort pour suivre la conversation en portugais et bientôt les yeux se ferment. Je prévois une grasse mat jusqu’à 6h le lendemain.

Mardi – départ 8h30 de Marjolândia, état de Ceara – 57 kms

Je me réveille naturellement à 6h00. Je commence par réorganiser les sacoches pour alléger et équilibrer la charge sur la fourche avant. Une charge importante sur l’avant implique une grand attention et des bras d’athlète pour maintenir le cap et dans les côtes je raconte même pas. Dans le même temps, j’abandonne une chemise dans l’espoir de soulager le vélo et moi aussi.

Le temps coule et le confort de la chambre m’a un peu détourné des objectifs du jour. Bientôt un petit déjeuner m’est proposé. Que dire ? Je tente de refuser poliment mais je n’ai pas les mots alors j’accepte avec joie.  2h30 plus tard, je reprend la route enfin prêt, lavé, restauré.

kilomètre 37, intersection pour Icapui. Je ne pense plus depuis un moment, mes jambes pédalent par reflexe, j’ai juste soif, mu dans le seul espoir de rencontrer un soda frais. A cet intersection, à l’image des stations services au milieu du desert, je découvre ce restaurant providentiel. L’ambiance est étrange, la terrasse est fréquentée par une foule de bons gas en combinaison intégrale orange. Certains ont la tête dans la gamelle, d’autres s’approvisionnent au buffet. Je revois dans cette scène, les cantines de prison vu  et revu dans les films américains. Je suis convié à prendre une assiette et a faire comme les autres, une fois installé, un des gas m’en apporte deux autres bien remplies. J’apprend finalement qu’ils travaillent un peu plus loin à la construction d’une route. leurs uniforme les couvrent de la tête aux pieds, seul moyen  de se protéger efficacement du soleil ardant. A 13h30 toutes les véhicules quittent le parking dans un nuage de poussière et puis le silence.

Je reprend la route vers 16h00, juste le temps d’arriver à Icapui à la tombée de la nuit. La ville est propre, colorée et lorsque j’arrive sur la place qui domine l’océan, je reste un moment pour profiter de la vue. Je camperai ici cette nuit derrière la cabane du vigile.

Mercredi – départ 5h20 depuis Icapui, état de Ceara – 94 kms

Aurore nuageuse, les premières lueurs du soleil sont timides. Le ciel est chargée comme chaque matin et il faut profiter de la fraicheur relative pour s’activer. Après il sera trop tard les nuages se dissipent et vers 10h débarque la canicule, à 12h elle laisse place au fourre crématoire.

Nouvelle expérience du voyage à contre vent, une lutte contre les alizées qui ont traversés l’Atlantique. Ma vitesse est désespérante, je dépasse rarement les 12km/h, ce matin la route est calme mais cet apres midi j’arrive à Mossoro de là je vais bifurquer sur l’axe Fortaleza/Natal, une épreuve de 175kms nécessaire pour retrouver des routes d’états plus sympa qui m’emmèneront plus vite vers le sud.

Plus je consulte les cartes et plus je réalise que mon rêve de rouler prêt des plages est illusoire. La région nordeste du Brésil est un vaste désert, le littoral est peu exploité surtout dans l’état du rio grande de norte. J’ai donc fait le choix de changer de cap rapidement pour rouler vers le sud, là où je pourrais rencontrer les routes littorales.

Il est midi, soleil de plomb, j’ai faim. je me fais tout petit sur la rocade de Mossoro (266 000 hab), tous les camions se retrouvent ici pour rejoindre la route BR 304 qui s’élance vers Natal. Je rentre dans la ville pour voir et aussi pour manger. Le premier supermarché fait l’affaire et lorsque je pose pied a terre  plusieurs employées s’empressent de m’accueillir, je suis bichonné, guidé jusqu’au self. Les questions fusent et j’évite de peu un interview pour la télévision locale.

Employée du supermarché : “como vocé dice ‘te amo’ em francês ?”

Moi : “heuuuu… Je t’aime”

Employée du supermarché : “waouh bonito”

Découverte de la région Nordeste – Brésil

Découverte de la région Nordeste – Brésil

Photo0102Il est possible de rejoindre le Brésil depuis la Guyane Française, 10 minutes de pirogue sur la rivière Oyapoque  depuis Saint George coté français vers la ville d’Oiapoque côté brésilien. Il n’a pas grand chose à faire dans le coin, seulement régulariser sa situation au poste de police fédérale  et chopper un bus pour rejoindre la ville de Macapa située 580 km de piste plus loin sur les bords du fleuve amazone, en latitude zéro, un pied dans l’hémisphère sud et l’autre dans le nord.

Tout se passe comme sur des roulettes bien que la police soit encore en grève. Le pays connait un mouvement nationale des fonctionnaires qui dure depuis un moment avec pour motivation  l’augmentation des salaires. L’entré du poste de police est protégé par une longue grille couverte de slogans. Les portes sont fermées mais une employée s’avance et réceptionne mon passeport à travers les grilles, elle revient 5 minutes plus tard avec le tampon d’entrée de 90 jours. J’ai juste le temps de sauter dans le bus avant la nuit. Il arrivera à Macapa le lendemain vers 5h du matin.

Macapa est la capitale de l’état d’Amapa. Si l’on souhaite dépasser le fleuve amazone pour rejoindre l’Est du Brésil, deux alternatives sont possibles, le bateau, 24h de traversée dans les méandres de L’Amazone pour rejoindre Belém ou l’autre solution, l’avion, plus cher, plus rapide, moins fun.

Photo0117En soit Macapa n’offre pas de distractions particulières mais on peut s’y promener avec une relative sérénité. Si l’on sort un peu de la ville, il y a de supers coins sauvages à visiter. Il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine forêt amazonienne, pas mal d’expéditions possibles avec de petits coins de paradis perdus dans la mangrove et la forêt tropicale, dense et mystérieuse regorge d’une faune incroyable à qui sait être patient.

La gastronomie est influencée par la culture indigène. On peut déguster ici des plats traditionnels propres à la région amazone. Le Tacaca est un bouillon à base de manioc, crevettes et jambu, plante analgésique qui vous anesthésie les gencives. Le maniçoba est un autre plat à base de feuilles de manioc longuement préparées accompagnées de riz et de viande de porc. Les baies d’açaï sont utilisées pour réaliser des sorbets de couleur pourpre et bourré d’antioxydant, on le saupoudre quelques fois de farine de manioc.

Je resterai 3 jours a Macapa avec Katrinne une amie rencontrée sur le site couchsurfing.   Photo0111

Pour rejoindre Belém, je choisi finalement le bateau, 24h de hamac pour parcourir les 550 kilomètres dans les méandres de l’amazone. La route se fait à faible vitesse, le temps de découvrir le quotidien des habitants du fleuve. Plusieurs bateaux viennent à couple pour vendre des paniers issus de l’artisanat local, des enfants manœuvrent de fébriles pirogues en attendant patiemment quelques paquets tombés des bateaux. Sur les bords du fleuve le bateau croise régulièrement des maisons sur pilotis le plus souvent isolées et sans trace d’activité agricole, les cultures sur brulis sont peut être un peu plus loin dans la forêt mais aucun indice depuis le fleuve. Le bateau arrive finalement à Belém, capitale de l’état de Para. Il est encore tôt, la fraicheur matinale est agréable, je vais en profiter pour arpenter les rues de la ville.

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Je reste 5 jours à Belém. J’y suis accueilli chez Fatima, la mère de Katrinne mon hôte de Macapa. Je suis une nouvelle fois considéré comme un membre de la famille. Tout est prétexte à me faire découvrir de nouvelles saveurs de la région, crevettes grillés, soupe de crabes,Visite des parcs tropicaux. C’est aussi ici que je découvre mes premiers épisodes de cheias de charme, un des soap opera qui fait fureur au brésil.

Je prend une nouvelle fois le car pour rejoindre Fortaleza situé 1500 kms plus à l’est, je ne dois pas trainer, il me reste 4 jours avant mon vol pour le Cap Vert. Cette fois c’est 24 heures de bus sur l’équivalent de nos routes nationales, dans ce coin du brésil les autoroutes n’existent pas et l’état de la chaussée est souvent catastrophique, heureusement les cars sont en parfait état, les sièges larges et confortables et l’air conditionné protège de la chaleur extérieure. Pour le coup l’expédition est assez pépère !

Arrivé dans l’après midi à Fortaleza, capitale de l’état de Ceara. Je suis attendu chez Aurideson contacté sur le site couchsurfing. Il habite dans le sud de la ville. J’avoue que j’arrive un peu déboussolé. La ville est immense, je suis crevé, je ne parle pas portugais et la nuit approche à grand pas. A cet instant je pense au taxi mais je me refuse à choisir cette alternative. Trop facile et surtout trop cher. Première mission, trouver une carte de la ville et ensuite se débrouiller pour connaitre les correspondances de bus. Finalement les gens prennent le temps de m’écouter, de m’accompagner jusqu’à arrêt. Je mettrai pas moins d’une heure pour rejoindre le quartier.

Photo0130Je décolle pour le Cap Vert le 20 Septembre 2012, le sac encore allégé pour anticiper les limitations de poids bagages du voyage retour.

Retour à Fortaleza le 11 Octobre 2012 avec le vélo est tout l’équipement. Demain arrive mon pote Mr Mo pour deux semaines d’immersion au Brésil. Le vélo va dormir encore un peu.

Entre temps nous aurons le temps de visiter deux lieux hautement réputés de l’état de Céara. D’abord la ville de Jericoacoara anciennement village de pêcheurs au coeur d’une réserve naturelle, il est aujourd’hui un haut lieu touristique reconnu pour ses paysages désertiques et ses conditions météo parfaites pour le windsurf et kitesurf. Le village souffre aujourd’hui de sa renommé, les bateaux de pèche ont disparus. La ville bien que normalement interdite a la circulation a vu ses rues remplies de buggies et quads chargés de touristes en maillot de bain prêt à affronter les plages. Tous les maisons sont maintenant magasins de vêtements ou de souvenirs, le petit village a perdu son âme pour devenir un grand resort avec pas moins de 200 pousadas (petits hôtels) dont certains n’hésite pas à investir la plage.

Photos prisent à Jericoacoara

 

Guaramirangua est situé au sud de Fortaleza. C’est ici que les locaux viennent chercher un peu de fraicheur le weekend. Le village est très propre et les routes sont désertes pendant la semaine. En sortant de la ville, on rencontre uniquement de grandes propriétés au gazon parfaitement tondu. La forêt et les arbres fruitiers bordent le reste de la route. C’est un petit coin de paradis où la chaleur relative est rafraichissante avant de retourner en bord d’océan.

Photos prisent à Guaramiranga

Itinéraire Brésil

A- Oiapoque, B- Macapa, C- Belem, D-Fortaleza, E-Jericoacoara, F-Guaramiranga

trajet brésil