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Month: June 2012

La transat c’est 18 jours en mer, 2030 milles de navigation et env 20 poissons volants sur le pont

La transat c’est 18 jours en mer, 2030 milles de navigation et env 20 poissons volants sur le pont

L’équipage :
Nous sommes quatre à embarquer pour cette traversée de l’Atlantique, Corinne et Guy propriétaires du bateau, Jeff bateau stoppeur qui les accompagne depuis les Canaries et moi.

Le bateau
Océanis 370 avec génois et GV sur enrouleur, un ecran LCD pour les longues journées et 3 couchettes dont une pour moi tout seul 🙂  
Jour du départ :

Départ vers 14h30, sortie de la baie de Mindelo, vent 3/4 arrière. Je prend le premier quart de 20h à minuit. J’ai pas beaucoup dormi la veille, il m’en faut pas plus pour vivre de belles allucinations, je vois des chats courir sur l’océan et des villes fantômes surgirent de nulle part. Deux vomis plus tard je laisse ma place à Guy chef de bord.

Les premiers jours sont difficiles. Seul le mercalm m’aide à sortir de la cabine. On est tous un peu patraque à l’exception de Jeff qui nous prépare la tembouille. Les premieres nuits sont claires d’abord éclairées par l’étoile polaire sur le 3/4 avant puis par la lune au alentour de 23h pleine de lumière. Deux voire trois poissons volants s’échouent sur le pont chaque nuit.

Quelques jours plus tard
Alors qu’on est tranquillement sur le pont, le pilote automatique commence à faire de drôles de craquement. Guy décide de l’arrêter pour éviter une casse irréparable et d’étudier la question le lendemain. S’en suit une nuit difficile de relais à la barre. Deux sur le pont, un à la barre pendant 90 minutes et l’autre couché à côté prêt à intervenir en cas de manoeuvre. Une fois le quart terminé on change les rôles.
Lendemain les traits sont tirés et le demontage du pilote commence de bonne heure. Deux démontages sont necessaires pour comprendre l’origine du problème. Finalement les craquements ont disparus. Soulagement général mais la décision est prise de ne l’utiliser que la nuit.

13 Mai 2012
Ce midi on a le droit à un repas amélioré, soupe chinoise composée de champignons noirs et carottes Cap verdienne. En dessert ce sera flan à la semoule. Autre fait marquant de la journée, on croise les deux premiers bateaux depuis notre départ, deux supertankers en direction de l’Angleterre. On en profite pour leur demander la météo.

14 Mai 2012
Les jours sont de plus en plus chaud avec pour conséquence de beaux coups de soleil sur les cuisses. Lavage sur la jupe arrière du bateau d’ici on a eu vu imprénable sur la houle 🙂 On passe sous les 1000 milles nautique on est vraiment au milieu de l’Atlantique youhouuuuuuuuuuuuuu !!!!!.

15 Mai 2012
Nuit attroce, le bateau se fait balotté dans tous les sens, Je me réveille en sursaut avec l’impression que le bateau tourne sur lui même. On est sous toilé mais c’est pour une bonne raison, le pilote automatique est capricieux on essaye donc de le préserver.

16 Mai 2012
La décision est prise de changer de destination. On oublie l’ile de Barbade pour s’orienter vers la Martinique, 80 milles nautique en plus et quelques degrés plus au nord, dommage j’aurais bien voulu voir si Rihanna avait une soeur. Des guillemots curieux s’approchent du bateau soit solitaire ou par groupe de 5 ou 6. Leur vol est d’une précision incroyable. il survolent la houle à quelques centimètres sans mouiller une plume.

17 Mai 2012
Une nouvelle nuit à giter dans tous les sens. J’ai quasiment pas dormi comme les autres. Journée à la barre très agréable à surfer sur une houle qui commence à prendre de la hauteur. Finalement mon estomac m’a définitivement laissé tranquille, je peux dire que je suis amariné.
Le chariot de GV est resté bloqué pendant la nuit. Un petit coup de graisse et marteau pour réparer. Il n’a pas bien supporté les tractions subies lors des derniers bordages.

18 Mai 2012
On atteint les 10,8 noeuds sur une vague, record de vitesse de la traversée. Ce jour là je me couche vers 20h pour préparer ma prise de quart prévus pour 23h00. 22H20 un bruit sourd vient de resonner au dessus de ma tête puis un second. Le chariot de GV vient de lacher après un méchant empannage.Guy fixe directement la GV à la baume à l’aide d’un boutte de quoi passer la nuit. On approche de notre but : le GPS indique un temps de navigation estimé à 99h59 avant d’atteindre la Martinique.

19 Mai 2012
Préparation d’un pain à la cocotte avec Jeff. La chaleur est telle que la miche triple de volume en 2h. On doit forcer pour la faire rentrer dans la cocotte mais le résultat est honorable. Lavage sur la jupe arrière du voilier. Assis au ras de l’eau, j’admire les vagues de 3 mètres me foncer dessus avant de disparaitre sous le bateau. La houle est bien formée et l’océan prend des teintes verdâtres comme infesté par le phytoplancton.

20 Mai 2012
Comme les activités sont restreintes j’en profite pour dormir pendant la journée mais ca pose problème lorsqu’il s’agit de trouver le sommeil avant son quart. Finalement je m’endors qu’a la fin de mon quart c’est à dire vers 2h du matin. Nuit seul sur le pont belle occasion pour réfléchir à la suite du périple.

Aujourd’hui alors qu’il n’y a plus que 3 jours de navigation je ressens un profond sentiment d’ennuis. Tout le monde partage ce sentiment et chacun y va de son calcul pour déterminer l’heure d’arrivée. Les nuits sont toujours aussi difficiles et l’envie de retrouver la terre est dans toutes les têtes.

Je passe le quart à faire un check up de tout ce que j’ai appris pendant la traversée, observation des constellations, révision des noeuds et relecture de quelques cours d’espagnol. A 9h du matin on effectue notre premier changement de bord depuis le début de la traversée. Nouvelle avarie sur le bateau, la GV commence à se déchirer au niveau de la deuxième barre de flêches. Les discussions sont de plus en plus rare et l’arrivée nous tarde. On met le pilote automatique et on descend pour matter le DVD de Dany Boon histoire de détendre l’atmosphère. Le pain préparé ce matin est une réussite, encore une dernière réparation sur le pilote et finalement on s’approche de la côte.

L’arrivée

Plusieurs indices nous révéle une arrivée prochaine, d’un côté le GPS égraine doucement les milles restants et bientôt la radio commence à diffuser de la musique zouc, puis ce sont les téléphones portables qui retrouvent du signal. A cet instant la terre n’est toujours pas visible. Tous ces outils gachent finalement le plaisir de la découverte et guy àvite fait de remettre le moteur pour envisager une arrivée de jour.
Une fois la terre en vue, on met la B.O du film Christophe Colomb à fond les ballons. Tout le monde est heureux de revoir la terre.

Une fois à quai une seule chose nous importe, manger, marcher et retrouver les plaisirs d’un monde stable. Direction le MacDo 🙂