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Month: April 2012

J’ai imaginé traverser l’Atlantique

J’ai imaginé traverser l’Atlantique

 

DSC07241Durant les quelques jours passés, j’ai vu s’évanouir, encore un peu plus, l’espoir de croiser un voilier pour l’Amérique du sud. Il y a encore peu, deux catamarans restés au large de la marina laissaient espérer une solution pour les jours à venir, malheureusement, ils ont repris le large ce matin sans que je puisse les atteindre. A mesure que la marina se vide de ses bateaux, le temps devient plus chaud et les alizés soufflent leurs dernières bourrasques.

D’après Gilbert, dont le bateau est encore à quai, le vent de nord-est va souffler jusque début Juin, ensuite les seuls bateaux qui passeront par ici remonteront vers le nord et les bateaux pour le Brésil ne referont leur apparition qu’à partir d’octobre prochain soit sept mois d’attente en perspective.

De là est parti l’idée d’imaginer une embarcation pour réaliser la traversée. Un vaisseau fait à partir de matériaux présents sur l’ile, une sorte d’engin insubmersible optimisé pour les vents portants.  Après tout, les marins d’ici disent qu’il s’agit de se laisser porter par les alizées pendant un à deux mois avant d’atteindre les côtes brésiliennes.

Comme beaucoup de projets, tout à commencer autour d’une bière, à la table trois gaillards un peu désœuvré, moi, Quentin; artiste aventurier venu de Basse Normandie et Guillem; un catalan amoureux des soirées barcelonaises. 

A défaut de trouver un bateau pourquoi ne pas occuper son temps à en retaper un ou plus fou, à en construire un de toute pièce et dans tous les cas, même si le projet n’abouti pas, il nous aura occupé un moment.

Les soirées se passent donc autour d’idées saugrenues et réflexions plus sérieuses. Notre expérience de la mer est limitée, notre budget tout autant mais notre imagination rivalise d’ingéniosité. On décide de suivre plusieurs pistes pour maximiser nos chances de trouver une voie favorable : radeau, bateau de pêcheur revisité, cuve insubmersible ou vieux voilier à restaurer.

 

DSC07256Quelques jours plus tard, on apprend que deux voiliers sont à vendre,  deux bateaux saisies par la police pour trafic de drogue. Ils sont au mouillage depuis 7 ans dans la baie de Mindelo et sont facilement reconnaissables. A couple, Tortuga a complément brulé et a perdu ses hublots, l’autre, Ben, à sa coque bouffée par la rouille. Les quelques marins interrogés nous déconseillent d’investir dans ces épaves, trop de réparations et une incertitude totale sur leur fiabilité une fois en mer.

On part quand même à la course aux informations mais la procédure est longue, on est balloté d’un intermédiaire à l’autre. L’idée est d’au moins récupérer la date de disponibilité des bateaux, de connaitre leur état et bien sûr leur prix. Aujourd’hui, aucune de ces infos est connu et cela malgré un parcours qui nous a mené aux services maritimes, puis par la marina pour être finalement redirigé vers le palais de justice. Prochaine étape contacter le procureur en charge du procès.

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Plus tard une nouvelle piste s’ouvre. On apprend qu’un gas du coin, qui a eu echo du projet, est prêt à nous céder son vieux voilier. Une coque de pas moins de 17 mètres tout en bois et laissé à l’abandon depuis plusieurs années dans un chantier naval situé un peu à l’écart du centre ville. Le rendez-vous est donc pris pour voir l’état de la coque et évaluer la masse de travail nécessaire pour le rendre navigable.

Le lendemain en début d’après midi nous partons donc moi, Quentin ainsi que Michel qui donnera son ressenti sur l’état général. Au début on sait pas trop où chercher, il y a beaucoup de bateaux de pêche en réparation, quelques voiliers sur cales qui patientent et plusieurs épaves bouffées par le temps. L’endroit semble déserté, seul quelques hommes travaillent sur le pont d’un bateau de pêcheur. Quelques minutes plus tard, on tombe sur notre voilier et impossible de faire erreur, il est aussi démesuré que le travail à réaliser. Couché sur le flan, à même le sol, et bien que le bois ne présente pas d’avarie majeure, tout manque, l’accastillage a disparu, la quille est sortie de ses gons, l’aménagement intérieur n’est plus et les deux mats, posés au sol, commencent à prendre la couleur de la rouille, mais ce qui me pose le plus problème reste sa taille. l’aménagement est en soit qu’une histoire de confort, cependant si l’on veut naviguer aisément avec un bout de toile, il nous faut un bateau léger pour avancer et de taille réduite pour rester manœuvrant. Tout l’opposé de ce bateau !

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A la sortie du chantier, on tombe sur une autre coque, celle-ci a des dimensions raisonnables et sa structure en aluminium conviendrait parfaitement pour notre projet. On l’inspecte donc minutieusement; aucun trou; un safran qui pivote; peut être un moteur et aucune fissure visible au niveau de la quille. Un employé du chantier nous dit que le bateau appartenait à un suisse et que son nouveau propriétaire souhaiterait le vendre. Le voilier est sur cales depuis 2 ans, on peut donc espérer qu’il en propose un prix raisonnable. Depuis notre dernière visite, nous n’avons eu aucune nouvelle cependant d’autres pistes se sont présentées depuis et nos recherches continues.

Ecris sur la plaça Nova, Mindelo, Cap-Vert

On parle quelle langue au Cap-Vert ?

On parle quelle langue au Cap-Vert ?

 

Nos t’fala kriol’ !


P1010998Le créole capverdien se décline en deux dialectes principaux, chacun parlé dans une zone géographique bien distincte. La première variante est parlée par les habitants des îles situées “au vent”, c’est à dire les iles au nord de l’archipel (Sao Antao, Saint Vincente, Sao Nicolau, Sal). Il est appelé créole Barlavento. La deuxième variante concerne les iles situées sous le vent (Brava, Fogo, Santiago, Maio). Il est appelé créole Sotavento.

La distance entre iles du sud et du nord et l’histoire coloniale propre à chaque ile est à l’origine d’une grande diversité linguistique sur toute l’archipel. Ainsi les habitants des iles “au vent” rencontrent certaines difficultés pour communiquer avec les habitants des iles “sous le vent” et réciproquement. Cette difficulté existe également à l’échelle des iles. A Santiago, les habitants de Praia comprennent difficilement le créole parlé dans l’intérieur des terres.

Le créole capverdien est né et évolue de l’histoire du Cap-Vert, aussi une grande partie du vocabulaire trouve ses origines dans le portugais, d’un autre côté, l’influence des dialectes parlés par les esclaves a marqué une partie du vocabulaire et des constructions grammaticales (wolof, peul, …). Aujourd’hui, le créole évolue sous l’influence d’autres langues portées par les médias (brésilien, anglais, français, …)

Le créole est en relation étroite avec le mode de vie capverdien et marqué par la faune et la flore de l’archipel. Aussi le champ lexical trouve ses limites dans la diversité qu’offre les iles de l’archipel. Par exemple, il n’y a aucun mot pour désigner le mot “ours” compte tenu qu’aucun spécimen n’a jamais foulé le sol du Cap-Vert.

 

Historique


P1020061Le créole est une dénomination générale pour les langues issues de la cohabitation entre populations esclaves et leurs marchands ou leurs “maitres”. Ce sont eux qui ont imposé leur langue à des individus qui, peu à peu, se la sont appropriée, créant au fil des siècles des langages correspondant à des situations et à leurs besoins. Le créole est la langue d’hommes et de femmes que l’on commande.

Sur l’ile de Vincente, marchands et maitres viennent pour la plupart du Portugal. Il en va de même pour toute les iles de l’archipel comme pour la Guinée Bissau, l’Angola ou le Mozambique.

Une particularité du Cap-Vert est que maitres et esclaves sont arrivés en même temps sur l’archipel, terre à l’origine inhabitée. L’origine des esclaves était volontairement diversifiée par les marchands, souhaitant empêcher toute velléité d’union pouvant mener à une rébellion. Familles et ethnies étaient volontairement séparées. Le portugais devient donc la seule langue de communication entre êtres issus de territoires et de cultures différentes et c’est sous la contrainte que les esclaves s’approprieront la langue.

A cette époque le langage employé par les maitres avait pour but premier de punir, ordonner, menacer, ce qui réduit en général la syntaxe à sa forme rudimentaire. Ce sont toutefois ces rudiments tant en syntaxe qu’en vocabulaire que les esclaves ont su développer pour en faire une langue, leur langue : le créole.


Le créole aujourd’hui


P1020076Le créole est la langue maternelle de tous les capverdiens mais aussi la langue parlée par l’ensemble de sa population, cependant et malgré 37 ans d’indépendance le portugais reste encore aujourd’hui la langue officielle.

Le gouvernement a mené plusieurs démarches  visant à officialiser le créole mais aucune n’a abouti à ce jour, principalement parce que le créole n’est pas encore standardisé. Plusieurs raisons à cela, il y a d’abord un refus de la population de changer ses habitudes linguistiques mais aussi une absence de normes grammaticales et lexicales qui donneraient lieu de référence. Le gouvernement a bien tenté d’initier un système d’écriture standardisé appelé ALUPEC mais celui-ci n’a pas retenu l’attention de la population.

Histoires de marins

Histoires de marins

Mercredi 4 Avril 2012

Aujourd’hui mon planning est très simple, je dois passer au service d’émigration pour déposer ma demande de prolongation de visa et ensuite j’ai quartier libre. Je passe donc au  club nautique où je retrouve Michel l’ostéopathe habitué du lieu et Joëlle que je rencontre pour la première fois.

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Joëlle a posé pied à terre au Cap-Vert voilà quatre ans après une croisière en voilier en duo avec un de ses amis. Mais lors de leur étape au Cap-Vert, plusieurs voies d’eau irréparables les ont contraints à saborder leur navire au large de l’ile de Sao Nicolau et depuis elle vit ici sur un coin de paradis.

Bien qu’elle est passée la soixantaine, Joëlle vient de retrouver un boulot dans la cuisine d’un ferry arrivé il y a quelques jours et qui fera bientôt la liaison entre plusieurs iles de l’archipel, mais pour le moment la situation est bloquée. Voilà une semaine qu’elle patiente dans une pension en attendant la fin des réparations. Le bateau n’est plus tout jeune et après 45 ans de loyaux services en Dalmatie du sud le voilà recyclé pour passer sa retraite au Cap-Vert. Sa remise en service prend du retard, la coque présente plusieurs fuites et le réservoir de gasoil prend l’eau. Mécanique capricieuse et pannes à répétition ont déjà bouleversées les dates de départ.

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Alors que notre conversation se poursuit un homme vient s’asseoir à proximité et passe commande. Il nous écoute et rapidement intègre la conversation. Lui est parti de France avec son voilier, sa femme et ses enfants pour un tour du monde à la voile, malheureusement son aventure s’est arrêtée brutalement voilà trois semaines.

L’histoire se passe au large de l’ile de Boa Vista, la nuit est déjà tombée et sa traversée depuis Dakar l’a épuisé. La pointe sud de l’ile est en vue et la règle, à cet instant, consiste à remonter au vent un moment pour rejoindre la zone de mouillage. Une manœuvre qui nécessite pas moins de six heures de navigation.

Epuisé il ne pense qu’à rejoindre sa famille restée sur l’ile, il appelle donc par radio un de ses amis resté au mouillage avec l’idée de tenter une passage plus direct. Les feux sont allumés et une fois les deux bateaux en vue son ami lui indique la route à suivre.

Quelques minutes plus tard un crissement de douleur résonne depuis la coque. La quille vient de toucher le fond. Son premier reflexe est de pousser le moteur à fond à la vague suivante pensant à un récif isolé. Malheureusement le bateau est poussé plus loin dans les cailloux, il tente alors une marche arrière désespère mais le piège s’est déjà refermé et bientôt son bateau est broyé par la houle. Sauté pour rejoindre la côte est pur inconscience, les vagues sont puissantes et se viennent battre les récifs, l’eau envahit rapidement l’habitacle et la radio de secours reste introuvable. Coincé dans l’enfer et isolé du monde, la nuit est terrifiante et c’est recroquevillé dans un coin du bateau qu’il tente de trouver le sommeil.

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Finalement aux premières heures du jour la radio est retrouvée et son ami vient rapidement le rejoindre avec son bateau pneumatique. Naufragé d’une nuit d’enfer, seul, vêtu d’un simple slip, la vie prend une saveur particulière. Sur la côte, le spectacle fait la joie des touristes d’un grand complexe hôtelier, leurs cameras derniers cris ont tout filmé du naufrage pour le plus grand plaisir de leurs amis en soif d’aventure.